Acte I — La DescenteSection 2 sur 74
« Lecha Hachem HaMamlacha »
David HaMelekh nous donne l'un des versets fondateurs de la structure séfirotique :
לְךָ ה׳ הַגְּדֻלָּה וְהַגְּבוּרָה וְהַתִּפְאֶרֶת וְהַנֵּצַח וְהַהוֹד כִּי כֹל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ לְךָ ה׳ הַמַּמְלָכָה
« À Toi, Hachem, la grandeur, la puissance, la splendeur, la victoire et la majesté, car tout ce qui est au ciel et sur la terre est à Toi ; à Toi, Hachem, la royauté » (I Chroniques 29, 11).
L'oreille kabbalistique entend Hessed dans guedoula, Guevoura dans guevoura, Tiféret dans tiféret, Netsah et Hod par leur nom, Yessod dans ki kol, et enfin Malchout dans hamamlacha.
Mais notez le mot répété :
לְךָ
« À Toi. »
Les Sefirot ne s'achèvent pas en un trône autonome.
Elles s'achèvent en Lecha.
La royauté est à Toi.
David, qui incarne Malchout plus qu'aucune autre figure du Tanakh, est celui qui le dit. Le roi enseigne que la royauté n'est pas une possession.
Cela nous donne l'un des paradoxes les plus profonds de la souveraineté juive. Le vrai roi devient le plus royal lorsqu'il sait que le royaume n'est pas ultimement le sien.
Un Pharaon dit : « Mon Nil est à moi, et je me suis fait moi-même. »
Nabuchodonosor contemple Babylone et déclare que sa puissance l'a bâtie.
Le roi de la Torah reçoit l'ordre de garder un Sefer Torah auprès de lui afin :
לְבִלְתִּי רוּם לְבָבוֹ מֵאֶחָיו
« que son cœur ne s'élève pas au-dessus de ses frères » (Deutéronome 17, 20).
Le roi siège plus haut et doit donc s'incliner plus bas.
Voilà Malchout.
Un faux roi rassemble le royaume en lui-même.
Un roi saint se rend transparent à ce pour quoi le royaume existe.
La différence entre la tyrannie et Malchout n'est pas que Malchout manquerait d'autorité. Malchout peut être farouche. David n'est pas faible. La royauté de la Torah comporte le jugement, le commandement, la guerre, la responsabilité et l'ordre public. Et pourtant l'autorité en Malchout ne se referme pas sur elle-même. Elle demeure Lecha. Elle demeure tournée vers le haut.
Cela devient décisif dans la lecture Hava Kadmona, car l'ascension de Malchout ne peut signifier un auto-couronnement. Si le trône s'élève et conclut : « Donc je suis la source », il n'a pas produit la Guéoula mais le Tohou. Le cadre le dit avec une force inhabituelle : Malchout s'élevant sans bitoul transforme le désir même qui pouvait bâtir le monde à venir en adoration de soi.
Le trône doit s'élever.
Mais le trône doit encore faire face au Roi.
Telle est la différence entre souveraineté et narcissisme.