Acte I — La DescentePrologue
Leis Lah M'garmah Klum
Il est une manière d'étudier Malchout d'en haut. On commence par Kéter, on descend par Hokhma et Bina, on traverse les midot, on rassemble tout le courant en Yessod, et l'on parvient enfin à Malchout comme dixième et dernière Sefira. De ce point de vue, Malchout est le bout de la ligne. Elle reçoit. Elle ne possède aucune lumière comparable aux qualités distinctes qui la surplombent. Elle est la lune sous le soleil, la bouche sous l'esprit, le royaume sous le Roi, le réceptacle dans lequel tout finit par se déverser. Cela est vrai, et il faut laisser l'architecture classique demeurer vraie dans sa pleine dignité. Il existe pourtant un autre lieu depuis lequel Malchout peut être contemplée. On peut se tenir non au-dessus d'elle en regardant vers le bas, mais en elle en regardant en arrière. On peut demander non seulement : « Qu'est-ce qui descend dans Malchout ? », mais : « Qu'est-ce qui devient possible une fois que la descente l'a atteinte ? » Dès que la question est ainsi retournée, tout l'arbre change d'aspect. Malchout cesse de ressembler au terme épuisé de l'émanation et commence à se révéler comme le lieu depuis lequel la création répond.
Telle est la lumière nouvelle que le cadre Hava Kadmona nous permet d'apporter à une Sefira ancienne. Il ne nous demande pas d'écarter le récit classique. Il nous demande de voir ce qui devient visible lorsque la réception elle-même est tenue pour un acte, lorsque le lieu le plus bas est compris comme celui où l'intention divine devient habitable, et lorsque or yachar, la lumière descendante, est contemplée conjointement avec or hozer, la lumière qui revient. Le cadre lui-même est prudent quant à son statut : ses matériaux classiques sont puisés dans la Torah et la Kabbale, tandis que l'architecture Hava Kadmona est une synthèse spirituelle et philosophique originale offerte à la contemplation, non un substitut à l'autorité halakhique ou kabbalistique reçue. Sa proposition centrale est que les mêmes lumières divines peuvent être contemplées selon deux orientations : l'une accentuant le don, la définition et la structure ; l'autre accentuant la réception, la mise en contexte et l'enfantement. Les deux ne sont ni des divinités rivales ni des systèmes concurrents. Au niveau d'Ein Sof, il n'y a ni masculin ni féminin. Ces distinctions n'appartiennent qu'au langage de la révélation.
Vue sous cet éclairage, Malchout n'est plus seulement le dernier point de l'architecture. Elle est la charnière par laquelle l'architecture devient vie.
Et c'est peut-être pourquoi les sources parlent d'elle en des termes qui, à la première écoute, semblent presque impossibles :
לית לה מגרמה כלום
Leis lah m'garmah klum.
« Elle n'a rien qui lui soit propre. »
De Hessed nous ne disons pas cela. Hessed possède le caractère du débordement. Guevoura possède la mesure et la retenue. Tiféret est l'harmonie. Netsah porte la victoire et l'endurance. Hod porte la reconnaissance et la splendeur. Yessod rassemble et transmet. Mais Malchout est décrite par une étrange absence. Elle n'a rien d'elle-même.
La lecture la plus facile y entendrait un manque.
La lecture plus profonde y entend une liberté.
Car Malchout n'a rien non parce qu'elle serait trop pauvre pour posséder. Elle n'a rien parce que rien en elle ne se tient de manière indépendante face à la Source. Son vide n'est pas un trou dans l'être. C'est l'absence de toute prétention qui prendrait en elle son origine. Elle ne dit pas : « Cette lumière commence avec moi. » Elle ne dit pas : « Ce royaume m'appartient à part. » Elle ne dit pas : « Je suis la cause de ce qui passe par moi. » Malchout est la Sefira où l'illusion de la possession absolue devient transparente.
Sa pauvreté est ontologique, non psychologique.
Elle n'est pas un moi abîmé.
Elle est la fin de l'auto-fondation.
Et parce qu'elle n'élève aucune prétention absolue qui lui soit propre, elle peut devenir le lieu où tout peut demeurer.
Le corpus Hava Kadmona donne à cette formule ancienne un tour saisissant : Malchout est « celle qui n'a rien qui lui soit propre, et qui précisément pour cela peut devenir une demeure » ; elle est la porte de la manifestation finie, le trône qui peut s'élever du dedans. Cette phrase ouvre une Torah entière.