מלכות פה תורה שבעל פה קרינן לה
Une bouche ne fait pas qu'ordonner
Une bouche répond
שְׁמַע יִשְׂרָאֵל
Avant que la bouche ne proclame l'unité, l'âme reçoit.
Acte II — Le RetournementSection 4 sur 74
« Malchout Pé » : la bouche reconsidérée
Les Tikouné Zohar donnent la correspondance célèbre :
מלכות פה תורה שבעל פה קרינן לה
« Malchout est la bouche ; nous l'appelons la Torah orale. »
Cette formule est reprise dans toute la Kabbale et la Hassidout. Malchout est la parole parce que la parole rend la réalité intérieure accessible hors du locuteur. La pensée peut demeurer cachée. La sagesse peut exister dans l'esprit sans entrer en relation. L'émotion peut brûler invisiblement dans le cœur. La bouche prend l'intériorité et lui donne une forme qu'un autre peut recevoir.
Classiquement, cela s'entend aisément comme parole divine : les Sefirot supérieures se rassemblent en Malchout, et Malchout devient la parole par laquelle les mondes sont appelés à l'être. « Et D-ieu dit : que la lumière soit. » « Par la parole de Hachem les cieux ont été faits » (Psaumes 33, 6). Le Tanya développe à maintes reprises l'identification entre les lettres de la parole divine, Malchout et les mondes créés.
Et pourtant Hava Kadmona nous invite à entendre une autre dimension dans « Malchout est la bouche ».
Une bouche ne fait pas qu'ordonner.
Une bouche répond.
Et une réponse présuppose que quelque chose a été entendu.
C'est l'un des plus beaux renversements du cadre : dans une orientation, Malchout parle comme décret royal ; dans l'orientation Hava Kadmona, Malchout « écoute et demeure ». Ailleurs le document le dit plus vivement encore : la parole, dans cette orientation, devient réponse — la disponibilité de l'Infini à être adressé et à répliquer.
Dire que Malchout écoute ne la détrône pas.
Cela révèle un autre genre de souveraineté.
Il y a une royauté qui se prouve en parlant la première.
Il en est une autre, capable d'entendre le royaume entier avant de répondre.
Il y a un souverain dont la parole entre dans le monde comme décret.
Il y a une présence dont la parole se lève après que le monde a été entendu.
Une Malchout mûre contient les deux.
Cela donne une profondeur nouvelle au fait que la déclaration centrale du judaïsme ne commence pas par « Parle ».
Elle commence :
שְׁמַע יִשְׂרָאֵל
« Écoute, Israël. »
Avant que la bouche ne proclame l'unité, l'âme reçoit.
Chema.
Écoute.
Le premier mouvement de la conscience d'alliance n'est pas l'expression de soi, mais l'attention.
Puis vient la parole.
ה׳ אֱלֹקֵינוּ ה׳ אֶחָד.
Celui qui a entendu peut maintenant répondre.
Il y a même un secret malchoutique caché à l'ouverture de la Amida. Avant qu'un Juif ne commence la prière centrale, il dit :
אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתָּח וּפִי יַגִּיד תְּהִלָּתֶךָ
« Hachem, ouvre mes lèvres, et ma bouche dira Ta louange » (Psaumes 51, 17).
C'est leis lah m'garmah klum accompli comme prière.
Même ma louange n'est pas mienne.
Même ma bouche ne peut s'ouvrir à la sainteté sans recevoir.
Hachem ouvre les lèvres.
Puis la bouche parle.
Que pourrait-il y avoir de plus Malchout que cela ?
La bouche qui ne possède aucune parole sainte qui lui soit propre devient la bouche par laquelle la louange entre dans le monde.
Et parce que Malchout est la Torah Chebe'al Pé, la même structure se produit dans la Torah. La Torah écrite descend. La Torah orale reçoit. Mais la Torah orale ne demeure pas un écho passif. Elle argumente, clarifie, distingue, applique, se souvient, débat, transmet, et rend la volonté divine habitable au sein de l'existence concrète. Un verset devient une sougya. Un commandement devient une architecture halakhique. Un principe devient Chabbat dans une cuisine particulière, un dommage dans une cour particulière, un kidouchin sous une houppa particulière.
Recevoir la révélation est le commencement de la Torah devenant vécue.
La bouche ne répète pas seulement le ciel.
Elle fait que le ciel parle terre.